La réactualisation des données littéraires est à la fois une méthode de création de fictions, et à la fois une manière de rendre actuelles et captivantes les vieilleries écrites.
Notons que la matière littéraire a besoin d'être recyclée, réactualisée et transformée. C'est l'avenir. Beaucoup plus que l'emprunt, la citation ou le cut-up, techniques désuètes, la pratique de réactualisation de la matière littéraire passée donne des fictions actives.
Mot d'ordre : faire d'un texte du passé, forcément désuet, une fiction active.
La réactualisation des données littéraires est différente de la théorie de l'échange fictionnel.
L'exemple d'une réussite : Génie du proxénétisme de Charles Robinson, Seuil, Fiction & Cie, Janvier 2008. Ce texte réactualise Génie du christianisme de Chateaubriand.
En dessous, un exemple textuel, à partir d'Au moment voulu de Maurice Blanchot. Réactualiser ce roman en en faisant une rencontre extraterrestre, une rencontre avec une Espèce Technologique (E.T.).
Voici le début, fidèle aux premiers paragraphes du texte de Blanchot, fidèle à la modification près, qui change tout le sens.
"Cette absence pas pressentie auparavant, pas un manque, l’ouverture et soudain commune surprise, extrême, intricable, pour deux, aussi assurée que si cela avait été prévu. L’étonnement tel de cette rencontre s’exprime encore par mots, peut-être la décision d’aller droit sur cette forme est-elle si forte qu’elle la rend insensée. Mais il y a aussi la gêne d’êtres venus vérifier sur place la continuité des choses. Cette étrangeté de temps passé, ce problème dans la chronologie c’est justement une indétermination cruciale : comment se mettre en curiosité d’une présence ?
Du côté de cette forme, au moment voulu, ce ne sait si la surprise cadre avec la notre. De toute manière, il y a manifestement entre nous une telle accumulation d’événements, d’actions démesurées, de tourments, de pensées incroyables et aussi une telle profondeur d’oubli que cette forme, imagine-t-on, n’a aucune peine à ne pas s’étonner de nous.
Même en ce nouveau cadre qui ne se laisse qu’encore peu saisir.
Ne cesser de se regarder, voilà donc d’où vient cet étonnement. La forme sa forme ou plutôt son expression qui ne varie presque pas, à mi-chemin entre l’image la plus gaie et la réserve la plus froide.
Ne cesser de se regarder, imagine-t-on, et ce brusque sentiment que cette forme commence seulement à s’apercevoir, nous apercevoir. Débute la sensation vague, un pressentiment que c’est en partie de notre faute, notre domaine d’erreur, si en quelque sorte nous lui avons échappé nous n’avons pas fait non plus tout ce qu’il fallait pour lui tomber sous les yeux. Cette singularité que quelque chose d’essentiel, qui ne peut intervenir que sous nous, a été oublié, et que c’est l’oubli lui-même qui étant aussi présent que possible masquait, masque encore et laisse soupçonner qu’en dehors de cet oubli il n’y a pas grand-chose ici. C’est de cette découverte, physiquement si ruineuse, l’affreux doute d’exister, que manœuvre par la suite toute présence, notre posture. Et pensant cela, détacher notre pensée. Cela coûte, Kroïne se détache, n’est pas sûre d’avoir même éprouvée une sensation désagréable jusqu’au moment où à la suite d’un faux mouvement, pas un mouvement concret, un geste affabulé, s’étant peut-être heurtée Kroïne ressent une douleur de la plus vive qui soit mais plus vive peut être que vivante. Une violence d’autant plus intolérable qu’elle semble l’atteindre à travers une couche fabuleuse de durée qui brûle tout en soi, unique douleur faite d’une persévérance dans le temps.
Et dire : est-ce que cela commence ?"